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L'Évangile selon Jean (en grec Κατά Ιωαννην, Kata Iōannēn) est le quatrième Évangile canonique du Nouveau Testament. Il ne comporte pas de nom d'auteur, mais est traditionnellement attribué à l'apôtre Jean, et ce, dès la seconde moitié du IIe siècle, par saint Irénée. Comme les trois évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), il rapporte certaines des actions et des paroles de Jésus, mais s'en distingue par son charisme et son emphase spiritualisante. Il insiste sur la mission de Jésus de rédemption de l'humanité plutôt que sur son ministère terrestre d'enseigner, de chasser les démons et de réconforter les pauvres. Dans la doctrine trinitaire, l'évangile selon Jean est le plus important en matière de christologie, car il énonce implicitement la divinité de Jésus1.
modifier Résumé et structure de l'évangile selon JeanAprès le célèbre prologue Jn I; 1-5 : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. », le récit de l'évangile commence au verset 6, et peut être séparé en deux parties, que Raymond E. Brown appelle le livre des Signes (ou miracles) et le livre de la Gloire2. La première partie (1:6-ch. 12) raconte le ministère public de Jésus depuis son baptême par Jean le Baptiste jusqu'à son arrivée à Jérusalem. Cette première partie insiste sur sept miracles (« signes ») de Jésus. La deuxième partie (ch. 13-21) présente les dialogues de Jésus avec ses principaux disciples (13-17) et décrit sa passion, sa crucifixion et ses apparitions à ses disciples après sa résurrection (18-20). Dans le dernier chapitre (21), en forme d'« appendice », Jésus pardonne à Pierre son reniement, lui prédit sa mort, et parle de la mort du « disciple que Jésus aimait » ; il demande en outre à Pierre, par trois fois, de faire paître son troupeau. modifier Plan
modifier Manuscrits
Le manuscrit P52 de la bibliothèque Ryland, daté d'environ 125 est le plus ancien fragment de l'évangile selon saint Jean.
Le plus ancien manuscrit connu du nouveau testament est un fragment de l'évangile selon saint Jean. Ce fragment de papyrus, de la taille d'une carte de crédit a été découvert en Égypte en 1920 et est maintenant conservé à la bibliothèque John Rylands de Manchester, sous la référence P52. Il contient des morceaux du procès de Jésus par Pilate (Jn XVIII; 31-33 d'un côté et de Jn XVIII; 37-38 de l'autre). Il est généralement daté d'environ 1253,4. La difficulté de dater précisément un fragment par les méthodes paléographiques autorise cependant une fourchette de 100 à 175. La petite taille du fragment P52 fait que, bien qu'une restitution plausible puisse être faite pour la plupart des quatorze lignes présentes, il n'est guère utilisable pour l'analyse textuelle5. La plus ancienne version à peu près complète est celle du Papyrus 666, de la fondation Bodmer7 à Genève. Les papyrus Bodmer ont été trouvés en Égypte en 1952. Le texte est daté du milieu du second siècle8. Il y manque notamment le passage de la femme adultère. modifier Attribution et datation du texteL'attribution de cet évangile est un sujet de controverse depuis au moins le IIe siècle. Dans la tradition chrétienne l'auteur en est l'apôtre saint Jean l'évangéliste. Ce point de vue est toujours défendu par certains érudits chrétiens, mais pour la plupart des experts modernes l'auteur (ou les auteurs) est un inconnu, non-contemporain de Jésus, le texte ayant été écrit vers 90 (avec une fourchette allant de 60 à 140). Pour l'attribution, les questions qui se posent sont les suivantes :
modifier Le disciple que Jésus aimaitNi le nom de l'auteur, ni celui de l'apôtre Jean, un des principaux disciples dans les évangiles synoptiques et dans les Actes des Apôtres, n'apparaissent dans l'évangile selon Jean. Le « Jean » nommé dans le Prologue et les versets 3:23 à 4:3 est Jean le Baptiste. L'expression le disciple que Jésus aimait ou le disciple bien-aimé, est utilisée à plusieurs reprises dans l’évangile selon Jean, alors qu'elle n'apparaît dans aucun autre texte du nouveau testament. Dans l’évangile selon Jean, lors de la Cène, c'est le disciple bien-aimé, qui, « couché sur le sein de Jésus », lui demande qui va le trahir (Jn XIII; 23-26). Plus tard à la crucifixion, Jésus confie sa mère Marie au disciple bien-aimé, auquel il dit : « Voici ta mère » Jn XIX; 26-27. Quand Marie-Madeleine découvre le tombeau vide, elle court le dire au disciple bien-aimé et à Pierre. C'est le premier à atteindre le tombeau, mais Pierre est le premier à y entrer.(Jn XX; 2-8). C'est encore le disciple bien-aimé qui reconnaît le premier Jésus au lac de Tibériade après sa résurrection (Jn XXI; 7). Enfin dans l'épilogue, Pierre s'enquiert auprès de Jésus du sort de ce disciple (Jn XXI; 20-22). Le texte s'achève sur deux versets : « C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites. Et nous savons que son témoignage est vrai. Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pût contenir les livres qu’on écrirait. » (Jn XXI; 24-25), le passage à la première personne permettant, selon l'interprétation traditionnelle, d'identifier l'auteur de l'évangile avec le disciple que Jésus aimait9,10,11. Les critiques jugent que le brusque passage de la troisième à la première personne dans les versets 24-25 montre que l'auteur de l'épilogue se fonde sur le témoignage du disciple bien-aimé12,13. Dans l'art religieux chrétien, le disciple bien-aimé est généralement représenté comme un jeune homme imberbe. Il apparaît souvent dans les scènes majeures de l’évangile selon Jean, particulièrement la Cène (où il est représenté se reposant sur la poitrine de Jésus) et la Crucifixion. Bien que l'identification du disciple bien-aimé à l'apôtre Jean soit la plus courante et établie, d'autres identifications ont été proposées de façon plus ou moins marginale, notamment au ressuscité Lazare14 et même Marie Madeleine. modifier L'attribution traditionnelle à saint Jean l'évangélisteOn trouve dans l’Apologie des Chrétiens de Justin Martyr (~100 - ~165), envoyée à l'empereur romain Antonin vers 150, des citations de l'évangile de Jean15. La première mention de l'évangile en tant que tel, et son attribution à l'apôtre Jean est celle d'Irénée de Lyon (~130-207)16, qui aura une influence déterminante sur la définition du canon des quatre évangiles (et le rejet des évangiles apocryphes) et l'affirmation de son inspiration divine. Selon Eusèbe de Césarée(~265–339), un siècle et demi plus tard, Irénée tenait cette information de Polycarpe de Smyrne, lui-même disciple de Jean17. Néanmoins, selon le père de l'église Épiphane de Salamine (~315 - 403), une secte du christianisme primitif, les alogiens18, attribuait cet écrit à un gnostique du deuxième siècle, Cérinthe. Mais selon Eusèbe de Césarée (dans son Histoire ecclésiastique, 7, 25, 2), Denys d'Alexandrie (mort en 265) affirme que l'Apocalypse de Jean (mais non son évangile) était attribué à Cérinthe par certains de ses aînés. Cette discussion sur les alogiens est le seul exemple d'une attribution primitive divergente de la tradition ultérieure19. En ce qui concerne la datation, selon Clément d'Alexandrie, cité dans l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, Jean aurait écrit son évangile comme un supplément aux trois autres évangiles, ce qui explique sa place classique dans le Nouveau Testament. modifier Attribution moderneC'est à partir du XIXe siècle que l'historicisme critique questionnera plus avant la paternité johannique du texte, soulignant que celui-ci avait été rédigé des décennies après les événements qu'il décrit. Les universitaires de ce courant appuient leur opinion sur les différences linguistiques du grec à l'intérieur même de l'évangile, sur les ruptures et les incohérences constatées dans certains passages, sur les répétitions du discours aussi bien que l'insertion de séquences de textes très clairement hors de leur contexte, ce qui suggère plusieurs auteurs et des remaniements. Les historiens considèrent généralement que l'évangile de Jean a été composé par couches, la datation de la première restant difficile (entre 50 et 70 après J.-C.) et s'achevant pour la dernière vers 95-100. Cette dernière date correspondrait à la deuxième ou troisième génération de disciples après la mort de Jésus (vers 33), au sein d'un groupe de chrétiens appelé communauté johannique. Raymond E. Brown, universitaire spécialiste de l'étude de la communauté Johannique identifie trois couches de texte :
modifier Comparaison avec les synoptiquesLe quatrième évangile se démarque des évangiles synoptiques de manière particulièrement claire : il omet 90% du matériel narratif des trois autres évangiles20. Ceux-ci décrivent beaucoup plus la vie de Jésus, ses miracles, ses paraboles, ses exorcismes. Il est étonnant de ce fait de constater l'influence du matériel propre à l'évangile de Jean, influence très importante, tant sur le christianisme historique que contemporain. modifier Différences avec les évangiles synoptiquesLe quatrième évangile diffère significativement des évangiles synoptiques. Parmi ces différences, on peut remarquer que :
modifier L'importance comparée de Jean et des synoptiques du point de vue historiqueDepuis la fin du XIXe siècle et la « critique radicale », les historiens rejettent très largement l'évangile selon Jean en tant que source d'informations fiable sur le Jésus historique21. En particulier, le quatrième Évangile, qui ne vient pas ou n'indique pas venir de l'apôtre Jean22, est souvent récusé comme référence historique dans son acception conventionnelle. Son auteur s'est accordé la plus grande liberté, transposant des évènements pour les éclairer d'un nouveau jour, écrivant lui-même certains discours et illustrant certains concepts par des images lui étant propres. Et donc, si on ne peut dénier à son travail certains éléments de la tradition, son autorité concernant la vie de Jésus est sujette à caution. Seule une fraction de ce qu'il raconte est acceptée par la majorité des historiens au sens historique du terme[réf. nécessaire]. Depuis l'avènement de l'historicisme critique, l'apport historique de l'évangile de Jean est considéré comme moins fiable que celui des synoptiques. Certains universitaires du XIXe siècle allaient même jusqu'à affirmer que l'évangile de Jean n'était d'aucune valeur pour l'historien. Néanmoins, des spécialistes comme Rudolf Bultmann et Charles-Harold Dodd, après de minutieuses études, ont trouvé qu'il y avait des données historiques d'importance dans cet évangile. Une partie des spécialistes actuels considèrent qu'une partie de l'évangile représente une tradition historique indépendante des synoptiques, tandis que d'autres parties de Jean sont le reflet de traditions ultérieures. Malgré des doutes certainement légitimes sur l'historicité des écrits johanniques, ceux-ci restent un document capital pour comprendre la théologie chrétienne, souvent encore plus important que les synoptiques eux-mêmes. modifier Sourcesmodifier Théorie de Rudolf BultmannEn 1941, Rudolf Bultmann suggéra l'existence d'une tradition orale, voire d'un manuscrit, centré sur les miracles du Christ et qui aurait été indépendant des évangiles synoptiques. Cet « évangile des signes » aurait circulé dès avant 70. Ses traces seraient visibles grâce aux rémanences d'une structure de récit accompagnant les miracles propres au quatrième évangile (que l'on ne trouve pas dans les synoptiques). Les signes (nom employé dans le quatrième évangile pour miracle, semeia en grec) que l'on ne trouve que dans Jean se passent toujours en présence de Jean, ils ont une connotation inhabituellement dramatique et, contrairement aux évangiles synoptiques, ils ne sont pas une conséquence de la foi : ils sont là pour la provoquer (Jean, 12:37). Ces miracles étant différents à la fois des autres miracles du quatrième évangile et de ceux des évangiles synoptiques, Bultmann en conclut que l'auteur a réinterprété une tradition primitive du christianisme hellénistique. Cette hypothèse, malgré la grande réputation de son auteur, n'a guère trouvé d'écho positif dans la communauté des chercheurs. modifier Éléments communs avec la pensée gnostiqueBien qu'il serait inexact de l'appeler gnostique, l'évangile de Jean contient bien quelques éléments laissant à penser à une influence ou des croisements possibles avec le gnosticisme20. Il est presque certain que les gnostiques ont lu l'évangile de Jean, puisqu'on en retrouve des passages dans leurs textes. Le principe du gnosticisme est que le salut vient de la gnose, un savoir secret. Pendant la quasi-totalité des cinq chapitres du dernier discours du Christ aux disciples (Jean 1323, 1824), Jésus ne parle qu'aux douze apôtres. Jésus existait avant sa naissance charnelle, il est désigné dans le prologue (Jean, 1) comme « le verbe » (logos). Tout cela pourrait se rapprocher de la définition gnostique de l'æon (une émanation de Dieu) envoyé depuis le plérôme (région de la lumière) qui vient donner aux humains le savoir nécessaire pour joindre eux-mêmes le plérôme. Le mépris johannique de la chair opposée à l'esprit est aussi un thème fort du gnosticisme20. On explique parfois cette proximité par l'hypothèse de sources communes d'inspiration de Jean et des gnostiques dans la littérature apocalyptique juive25. modifier ChristologieStephen L. Harris affirme que Jean décrit Jésus comme « une brève manifestation du Verbe éternel, dont l'esprit immortel reste toujours présent auprès du chrétien fidèle26 ». L'évangile de Jean se concentre beaucoup plus que les autres sur la relation mystique qui unit le Père et le Fils. On affirme souvent que c'est en s'appuyant sur celui-ci qu'a été produite la doctrine de la Trinité. Le quatrième évangile traite plus spécifiquement que les autres de la relation du rédempteur aux croyants, de l'annonce du Paraclet, assimilé à l'Esprit Saint, comme réconfort et comme défenseur. Ce qui marque avant tout les esprits, c'est bien sûr le développement du thème (johannique par excellence) de la primauté de l'amour dans la doctrine chrétienne et la vie du chrétien. modifier L'absence de parousieUn point théologiquement très important, dans l'évangile de Jean, est qu'il ne contient pas de référence explicite à la Parousie, nom que l'on donnait à cette époque au retour du Christ. Certains universitaires ont même suggéré que pour Jean, le Christ est déjà revenu spirituellement26. Mais l'Apocalypse de Jean est consacré à la Parousie. modifier Notes et références
modifier Voir aussimodifier Articles connexesmodifier Bibliographie
modifier Liens externes
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